vendredi 6 septembre 2013

Les systèmes d'information de l'Etat : tout à faire


Réglementation : Maillage territorial incohérent, gouvernance à revoir... La cour des Comptes pointe les lacunes de l'Etat en manière de systèmes informatiques.

En cause : le maillage territorial et les multiples systèmes informatiques. "Le défaut de délimitation claire des interventions de l'Etat et de celles des collectivités territoriales dans des domaines de compétences partagées nuit à la lisibilité de l'organisation, provoque des doublons, une complexité de gestion et une dilution des responsabilités."

Des usagers qui évoluent... sans leurs administrations 

Le rapport ne vise donc pas que le domaine informatique, puisqu'il s'attaque aussi à la "politique de la ville", à "l'animation économique", à "l'emploi et la formation professionnelle". Mais ces disparités et facteurs d'inefficacité publique trouvent, entre autres, leur source dans "les systèmes d'information", jugés "fragmentés et souvent inadaptés".

En près de 300 pages, les sages dressent un portrait au vitriol de l'Etat, des administrations, et des liens avec les collectivités territoriales et les services centralisés. Pourtant, des possibilités d'amélioration existent, jugent-ils : "La révolution numérique offre des solutions jusqu'alors considérées comme impossibles, y compris pour répondre au souci d'égalité dans l'accès aux administrations".

De même, "les nouvelles technologies provoquent une évolution des mentalités". Immédiateté de l'information, obsolescence de la présence physique des citoyens dans les administrations... De nouveaux besoins se créent grâce aux mutations "dont les citoyens ne comprendraient pas qu'elles demeurent ignorées par les pouvoirs publics".

Problème : alors que la messagerie électronique, par exemple, provoque un sentiment d'immédiateté, celui-ci est souvent frustré par le peu de réactivité de l'administration contactée. "La transformation de la nature du courrier reçu par les administrations leur impose de s'organiser différemment, et sans doute de revoir les chaînes de délégation des signatures."
"Les technologies numériques peuvent de trois manières permettre à l'administration d'être plus efficace : rendre les fonctions support plus efficientes et faciliter leur mutualisation ; favoriser les échanges entre les différents échelons et les diverses zones du territoire ; mieux connaître les besoins des usagers et y répondre."
Problèmes d'interconnexion 

Mais les administrations seraient insuffisamment armées, selon la Cour des comptes, qui pointe notamment "l'adaptation limitée du réseau de la DGFiP", direction générale des finances publiques dont le maillage physique sur le territoire est parmi les plus importants des administrations. En situation de réduction de ses effectifs, elle devrait tirer parti des technologies de l'information pour pallier la difficulté "d'assurer une couverture homogène du territoire au moyen d'un accueil physique au guichet".

Or la télédéclaration est encore assez peu développée, avec seulement un tiers des contribuables qui l'utilisent. Idem pour la politique d'insertion par exemple, où les "moyens de gestion" sont jugés "insuffisants" : "Les systèmes d'information nécessaires à la régularité des paiements n'ont pas été construits entre la caisse nationale d'allocations familiales et les départements, sans que l'Etat n'exerce son rôle de pilotage."

Les exemples pourraient être multipliés, et concluent tous à "une utilisation encore restreinte des technologies numériques". Dommage, semble déplorer la Cour des comptes, alors que "l'Etat s'est engagé de longue date dans l'informatisation de ses outils" avec SI, progiciels ou visioconférence.

Les systèmes d'information se sont multipliés sans que soit assurée l'interconnexion, et l'interministérialité prônée "ne s'est pas accompagnée de la préparation des systèmes d'information adaptés". Autre point de blocage : "les réseaux sociaux ne sont presque pas utilisés, sauf par certains opérateurs, malgré les potentialités qu'ils offrent pour développer les relations avec les usagers".

Les nouvelles technologies, source de simplification 

Au final, si le rapport note que des "recompositions fortes" ont été engagées pour faire face aux mutations de l'Etat, les défauts de cohérence et la gouvernance "mal assurée" mettent à mal les transformations nécessaires.

La situation devrait être reprise en main, notamment parce qu'avec la décentralisation croissante et l'accroissement du rôle des collectivités territoriales, le besoin d'interconnexion et de cohérence globale est de plus en plus fort.

La Cour des comptes recommande donc une simplification et une réorganisation. Les technologies sont vues comme une piste pour "moderniser les moyens de fonctionnement et les modes d'action" de l'Etat.
En accélérant le développement des systèmes d'information et en renforçant l'e-administration, l'Etat pourrait poursuivre ses missions sur tout le territoire, jugent les sages, et ce, même dans un contexte de réduction budgétaire et humaine.

Les réactions au rapport ne sont pas encore sorties, mais on peut d'ores et déjà noter que le rôle potentiellement positif des technologies est mis en avant. Ce qui ne pourrait que renforcer le "choc de simplification" cher au président de la République... Voeu pieu de nombreux prédécesseurs, pour l'instant inachevé, selon la Cour des comptes.


80 milliards d'objets connectés en 2020 ?




Avis d'expert : Dans une étude, l'Idate estime que le monde compte déjà 15 milliards de "choses" connectées à l'Internet contre 4 milliards en 2010.
Est-ce le nouveau gisement de croissance du monde numérique des prochaines années ? Tout le monde veut y croire : l'Internet des objets va connaître une croissance considérable et apporter richesse et emplois aux économies occidentales déclinantes.
L'Internet des objets ou IoT (pour Internet of Things) définissent ces objets du quotidien comme une montre, un vêtement ("wearable computing"), un pèse-personne, une lampe... connectés en permanence au Web afin d'échanger des informations avec l'utilisateur, brisant la distinction entre un mode « réel » et « virtuel ».
En y ajoutant les terminaux et les machines, on compterait déjà 15 milliards de "choses" (le mot est horrible, c'est pourtant celui qui résume le mieux ce domaine) connectées sur la planète, croît savoir l'Idate dans une étude.
Et selon ses projections, ce chiffre devrait passer à 80 millions en 2020. 85% de ce total sera représenté par des objets, connectés directement à Internet ou via un terminal intermédiaire (où les données sont stockées dans le cloud), 11% seront issus des terminaux communicants comme les smartphones et 4% viendront du M2M (machine to machine).
 
En termes de croissance, l’Internet des objets connaitra un taux annuel moyen de 41% entre 2010 et 2020, suivi par les terminaux communicants avec 22% et le M2M avec 16%.
Textile et industrie pharmaceutique en tête 
"Alors que la technologie cellulaire est le plus souvent retenue pour les déploiements M2M, les nouvelles technologies de communication (plus adaptées pour les applications classique de télémétrie M2M) ont fait leur apparition sur le marché ces dernières années et pourraient provoquer un changement radical dans un futur proche (SigFox, Neul, etc). Néanmoins, implémenter l’Internet of Things (IoT) de manière ouverte, requiert une nouvelle architecture avec des technologies évolutives de nommage et d’adressage (ONS) ainsi que des nouveaux outils afin d’accéder aux données, puisque l’objectif de l’Internet of Things est à terme d’utiliser/croiser de vastes bases de données (issues du M2M et de l’IoO)", prévient l'Idate.

Par ailleurs, l'adoption de l'internet des objets dépendra des secteurs et des retours sur investissement. "Tandis que les déploiements dans l’industrie textile sont réalisés au niveau du produit lui-même pour des besoins d’optimisation d’inventaire de produits, les industries manufacturières comme l’automobile ou l’aéronautique utilisent la technologie RFID pour améliorer la qualité des process le long de la chaîne de production et ne taguent que les palettes/containers et non la pièce elle-même. Les marchés verticaux les plus avancés en termes d’utilisation d’objets connectés seront, en 2020, l’industrie pharmaceutique et l’industrie textile", poursuit l'institut d'études.
Une chose est sûre, l'Europe en général et la France en particulier estiment avoir une carte à jouerdans ce domaine, après avoir rater le virage d'à peu près tous les secteurs numérique en croissance. « Le grand enjeu sera de créer des applications et plateformes transversales qui organiseront les communications entre ces objets hétérogènes. », expliquait il y a peu Daniel Kofman, professeur à Télécom ParisTech.
Reste à savoir si l'impact économique de cet eldorado ne relève pas du fantasme. Laurent Gille, autre professeur à Télécom Paris Tech estime que l’impact économique d’internet reste peu évident à déterminer car ce qui est gagné d'un côté (croissance du secteur) est compensé par ce qui est perdu de l'autre (baisses des prix).
Dans son étude, « La dynamique d’Internet : prospective 2030 », le Commissariat général à la stratégie et à la prospective identifie l'Internet of Things » comme un secteur prioritaire. Les champions sont encore peu nombreux mais ils sont chouchoutés.
Withings qui développe des objets connectés a ainsi reçu de la Banque publique d'investissements pas moins de 11 millions d'euros.
"Pas de demi-mesure"
La société bénéficiera également de l'apport de trois fonds privés Idinvest Partners, 360 Capital Partners et Ventech à hauteur de 12,5 millions d'euros, soit un total de 23,5 millions qui lui permettra d'assurer son développement.

« Dans ce contexte, il n'y a pas de demi-mesures. Il faut mettre beaucoup d'argent pour financer un développement ambitieux ou rien du tout. », commente aux Echos Nicolas Dufourcq, directeur général de la banque publique qui inaugure ici un nouveau fonds baptisé « Large Ventures », doté de 300 à 500 millions d'euros.
Withings, créée, en 2008, emploie actuellement 80 salariés, et est notamment connue pour des produits grand public comme son Smart Body Analyzer, un pèse-personne connecté ou encore le traqueur d’activité Pulse. Mais l'idée est désormais d'adresser le marché pro.
A lire : 10 choses à savoir sur l'internet des objets


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