jeudi 20 février 2014

Google : comment régenter notre cerveau !

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Je vous fais un dessin ? Google, Ray et les BIG DATA

Google, Ray et les BIG DATAn,
Voici un petit schéma pour montrer ce qui se joue actuellement dans la récolte de nos données. L'ombre électronique que nous produisons jour après jour et en quantité de plus en plus phénoménale est la matière première de l'intelligence artificielle à venir.  
Tout comme nous apprenons (enfants) le langage et nos comportements par mimétisme, nous sommes les modèles de ces machines à apprendre, qui d'abord imiteront puis se comporteront vis à vis de nous en fonction de la projection que nous ferons car elles apprendront à prévoir nos comportements et notre langage, tout aussi complexes que nous croyons qu'ils soient.  
Est-ce de la Science-fiction ? Non. Ray Kurzweil, pape du "transhumanisme" et théoricien de la singularité, est depuis un peu plus d'un an, directeur de l'ingénierie chez Google et s'occupe entre autres de l'apprentissage automatisé et du traitement du langage. Vous avez sans doute remarqué que depuis un an, Google rachète à tour de bras tout ce qui concerne les domaines de la singularité, notamment des entreprises de robotique, les dernières en date concernent les objets connectés (Nest Labs) et l'intelligence artificielle (DeepMind Technologies). J'en parle très souvent sur mon profil Facebook et l'ai largement évoqué l'année dernière dans l'émission que nous avons faite avec France 4 sur le Futur (Nuit 4.0).  
Peut-on faire quelque chose ? Oui. 
Prendre conscience de la valeur des données que nous émettons. Il n'y a pas de raison que nous soyons cultivés comme des légumes dans un champ et de surcroît totalement gratuitement. C'est de la responsabilité de nos représentants politiques de mettre un prix sur ce qui est aujourd'hui offert et généralement sans aucune conscience de la part du public. La valeur générée doit être partagée, si les BIG DATA sont le pétrole de demain, alors les gisements que nous sommes doivent pouvoir valoriser leur extraction, comme c'est le cas justement pour les hydrocarbures. Une taxe sur la génération de données devrait alimenter et remplacer d'autres formes de prélèvements devenus caducs, pour le bien-être de la collectivité.

Cette évolution n'est pas nécessairement négative, comme toujours cela dépend de ce qu'on en fait. La robotisation finira par remplacer quasiment tous les emplois industriels, qu'en sera-t-il des emplois intellectuels lorsque cette intelligence sera plus rapide et plus performante ? Comme toujours cela amènera à faire évoluer les métiers et de nouveaux apparaîtront, prenant certainement beaucoup plus en compte la personnalité et la créativité, la poésie de chacun... Les métiers du futur sont tous ceux qui ne pourront être remplacés ni par une machine, ni par une intelligence artificielle.
En attendant... Apprenons lui ce que nous voulons qu'elle soit !
Ne pas se comporter comme des machines, être imprévisible, créer, changer, décaler, faire des choses stupides, illogiques, amusantes, impertinentes, surprenantes, philanthropiques !

Commencer maintenant. 
 Yacine AIT KACI20.02

Quelques liens. 
Ray Kurzweil "How to Create a Mind"https://www.youtube.com/watch?v=zihTWh5i2C4
Le robot qui gagne à "pierre papier, ciseaux" avec un taux de réussite de 100% https://www.youtube.com/watch?v=3nxjjztQKtY
La désormais célèbre victoire de Watson au Jeopardy (imaginez Watson à la place de Siri)https://www.youtube.com/watch?v=WFR3lOm_xhE
L´intelligence artificielle va remplacer 45% de travailleurshttp://www.ibercampus.fr/lintelligence-artificielle-va-remplacer-le-45-de-travailleurs-87.htm


TOUS LES COMMENTAIRES


20/02/2014, 20:49 | PAR YOUPLA
" La valeur générée doit être partagée, si les BIG DATA sont le pétrole de demain, alors les gisements que nous sommes doivent pouvoir valoriser leur extraction, comme c'est le cas justement pour les hydrocarbures. Une taxe sur la génération de données devrait alimenter et remplacer d'autres formes de prélèvements devenus caducs, pour le bien-être de la collectivité."
Je suis sceptique...
D'un coté on a des entreprises géantes, disposant d'une montagne de cash, continuellement augmentée grace à un modèle économique qui marche, qui ont mis en place l'infrastructure et développés les technologies qui permettent le big data. Dont le but est, forcément, de produire encore plus de cash.... (ou de devenir le maitre du monde, au choix)
En face on a quoi? L'espoir qu'une taxe va renverser la vapeur? Que les moutons seront rémunérés ? Au prix de la laine brute ou au prix du pull ?
Justement comme les hydrocarbures, ce sont ceux qui valorisent le produit qui s'en mettent plein les poches, comme ceux à qui appartiennent les puits. Pas les puits eux-même, ca n'arrive jamais. D'ailleurs, sauf exception notable (ex: la Norvège), dans la plupart des pays qui disposent de richesses naturelles, la population locale n'en profite pas, ou très peu.
Ceux qui ne veulent pas du big data n'auront pas d'autre possiblité que de se déconnecter du réseau, les autres peuvent espérer trouver une nouvelle manière de le valoriser, entre ces deux extrêmes ca me parait bien vide.
" Les métiers du futur sont tous ceux qui ne pourront être remplacés ni par une machine, ni par une intelligence artificielle."
Je serai moins tranché: pute ou coiffeur, c'est pas près d'être mis au rencart par la technologie.
La Chine fait aussi chaque jour la démonstration qu'un esclave coute moins cher qu'une machine très complexe à mettre au point. L'esclave peut facilement changer de tache, il peut du jour au lendemain faire un produit différent, sans qu'une horde d'ingénieurs ait besoin de fabriquer un outillage complexe afin de fabriquer et régler la nouvelle machine nécessaire au nouveau produit qui sort demain. Voila pourquoi Foxconn et d'autres ne sont pas près de passer à l'automatisation, malgré leurs discours lénifiant ("l'année prochaine, pour l'iPhone 23, on aura 1 million de robots": le temps de concevoir, fabriquer et tester ces robots, on en sera à l'iphone 32)
Sans ces esclaves, il n'y aurait pas d'iPhone (ou alors encors plus cher et donc moins vendu), donc pas de iTunes (ou beaucoup moins rémunérateur). Idem pour les esclaves nécessaires aux multiples sous-ensembles qui composent les machines dont sont faits les datacenter, là ou est né le big data.
Finalement c'est l'avènement de la production de masse, reposant sur un esclavage industrialisé, qui aura permis l'avènement des technologies que nous ressentons aujourd'hui comme un asservissement. Je ne sais pas si ca colle avec la définition du progrès.

lundi 17 février 2014

Introduction au Grid computing

repris de http://www.solucominsight.fr/2011/10/quel-avenir-pour-le-grid-computing/

Lise Gasnier
Lise Gasnier | Consultante senior
Quel avenir pour le grid computing ?
Publié le 19 | 10 | 2011    Imprimer le contenu de la page Envoyer à un ami

Depuis le début des années 2000, les grilles de calcul ont rencontré un succès certain dans le monde scientifique, ainsi que dans certains secteurs de l’industrie et de la finance. Au-delà de ces domaines, l’usage de ces grilles est peu répandu.
Le 12 octobre dernier, IBM a annoncé le rachat d’un acteur majeur du marché du grid computing : Platform Computing. A cette occasion, nous revenons sur les principes, apports et défis de ce type de technologies peu connu.

1.     Qu’est-ce que le grid computing ?

Le grid computing consiste à mettre en commun des ressources logicielles et matérielles distribuées (ensemble que l’on appelle la « grille ») afin de fournir une puissance de calcul importante. La charge de travail est divisée en sous-tâches qui sont traitées en parallèle par les ressources de la grille, les résultats étant ensuite agrégés dans un résultat global rendu à l’utilisateur.

En anglais, l’emprunt du mot « grid » à l’expression « electric power grid » qui désigne le réseau électrique, traduit bien les promesses du concept : l’utilisateur se branche à la grille qui pourvoit à son besoin. Peu lui importe la complexité du système, l’hétérogénéité ou la distribution des composants, masqués par l’interface d’accès.

Des projets emblématiques donnent le ton, en matière de gigantisme :
  • SETI@HOME se présente comme « une expérience scientifique qui utilise des ordinateurs reliés à internet pour la recherche d’une intelligence extraterrestre (SETI) » ; elle tire sa puissance de son « ouverture » aux ordinateurs des internautes volontaires ;
  • La grille du LHC, l’accélérateur de particules du CERN,  relie en mode « fermé », plusieurs dizaines de milliers de machines, situées sur trois continents, pour analyser des données.
La puissance des ordinateurs a beau croître, la « gourmandise » de tels projets scientifiques, atteint des niveaux qui justifient ce modèle d’architecture. Dans le sillage des initiatives académiques, l’industrie et le secteur bancaire s’en sont emparés pour résoudre leurs problèmes complexes : valorisation et analyse de risque pour la finance, détection de gisements pour le pétrole, simulation et analyse de crash pour l’automobile. Aujourd’hui, les grilles intéressent les médias, les jeux en ligne, les fournisseurs internet…

2.     Quels bénéfices attendre du grid computing ?

Le grid computing peut apporter beaucoup aux secteurs tant privés que publics pour les projets qui requièrent une quantité importante de puissance de traitement dans une période de temps restreinte.
Les bénéfices attendus d’une grille sont :
  • l’amélioration des performances tout en limitant les coûts,
  • l’augmentation de la flexibilité d’une infrastructure pour absorber les augmentations d’échelle,
  • la haute disponibilité de cette infrastructure faces aux pics de charge.
Les vertus « informatiques » du grid computing se transforment en atouts « métiers » : réduire les temps de calculs, c’est éviter les retards ou gagner du temps pour accroître la compétitivité et/ou pour améliorer ses processus.
Les middlewares « commerciaux » (citons pour l’exemple ceux de Platform Computing, Tibco Datasynapse, GridGain en open source) ont bien saisi ces enjeux. Développés à la suite des grilles académiques par transferts technologiques, ils tirent profit de ces besoins en proposant des solutions sur étagères et leur expertise.

Certes, ils évoluent sur un marché de niche, celui  constitué des clients historiques (banques, industries du pétrole, de l’automobile etc.). Mais avec la croissance exponentielle des volumes d’information, qu’il s’agisse d’événements (CEP) ou de données (Big Data), et la nécessité de les exploiter, le positionnement du grid computing pourrait bien se renforcer.

3.     Quels sont les défis à relever ?

Le concept de grid computing, ainsi que les produits du marché, sont arrivés à maturité au cours de la dernière décennie. Pourtant, il reste encore quelques barrières à franchir pour assister à une démocratisation de cette approche :
  • L’expertise et le support des grilles informatiques ont un coût : il faut des techniciens qualifiés pour passer la barrière technologique des produits, ou développer/maintenir une grille « maison », mais aussi « gridifier », c’est-à-dire adapter ou développer des applications pour une exécution sur la grille. A ces coûts s’ajoutent ceux des problématiques connexes tels que le stockage ou le transfert des données.
  • De plus, l’infrastructure peut nécessiter un investissement dédié.Chaque entreprise dispose généralement d’un ensemble conséquent d’ordinateurs connectés en réseau mais l’usage en grille de ces ressources existantes n’est pas évident :
    • La tendance à la virtualisation a progressivement optimisé l’usage des ressources serveurs qui sont moins sous-exploités qu’il y a une dizaine d’années.
    • Les préoccupations énergétiques interrogent sur l’intérêt, en entreprise, du modèle des grilles fondées sur des parcs d’ordinateurs peu puissants.
Pour autant, le grid computing n’est pas nécessairement l’apanage des grandes structures. Internet autorise le partage de ressources avec des partenaires extérieurs : des PME, des écoles ou des hôpitaux  peuvent se fédérer pour bâtir des grilles qui leur sont inaccessibles, seuls.
  • Les grilles de calcul imposent un modèle d’architecture bien spécifique au sein du SI. De part leur caractère intrusif, elles exigent de trouver des solutions ou des compromis notamment en matière de sécurité mais également de dépasser les aprioris quant aux partages des ressources.
Pour autant, le plus gros des défis, pour les acteurs du marché, sera celui du marketing. Le grid computing doit aujourd’hui savoir se faire entendre face à des concepts phagocytaires car, quand il est question de « computing », le « cloud » vient brouiller les pistes.

Pour l’heure, si l’entrée sur le marché d’IBM ne résout pas ce problème d’image, il confirme en revanche l’intérêt du modèle de « grille » et préfigure une tendance, celle de l’intégration. L’avenir du grid computing est, sans doute, au cœur, mais, dans l’ombre du « cloud ».

Pour lire plus d’articles sur le secteur de l’énergie, cliquez ici.

samedi 8 février 2014

2020 : le triomphe des robots…

Repris de http://www.rtflash.fr/2020-triomphe-robots/article

Nanotechnologies et Robotique
Robots industriels
 
Il y a deux semaines, j’avais évoqué, dans mon éditorial consacré au Consumer Electronics Show de Las Vegas, l’explosion de la robotique professionnelle, éducative et personnelle qui a marqué ce grand salon mondial des technologies numériques.

2020 : le triomphe des robots…Il n’est pas question ici de passer en revue toutes les nouveautés qui ont été présentées en matière de robots au cours de cette manifestation mais quelques machines méritent tout de même l’attention car elles sont particulièrement représentatives de l’évolution foisonnante qui caractérise actuellement l’ensemble de la robotique.

Dans le domaine des robots destinés à l’accueil et au contact avec le public, il faut par exemple évoquer Thespian, un robot de nouvelle génération, particulièrement  innovant avec ses articulations souples qui lui confèrent une grande fluidité de mouvements et lui donnent un aspect plus humain. Cet androïde conçu par l’ingénieur Morgan Roe, pour la société britannique Engineer Arts (Voir Youtube), est défini par son créateur comme « humanoïde intelligent ». Il est destiné à remplir différentes fonctions dans des établissements culturels : accueil, présentation des œuvres ou encore orientation des visiteurs…

Mais, comme l’a bien montré le CES 2014, les robots ne se cantonnent plus aux domaines culturels ou militaires, ni même aux secteurs industriels éducatifs, médicaux ou industriels, ils font également leur entrée en force dans les foyers. Développé en France par la société du même nom, le robot Keecker est un assistant domestique destiné au divertissement. Cette machine intègre une véritable plate-forme multimédia et peut transformer les différentes surfaces de votre habitation en autant d’écrans géants, en y projetant des contenus vidéo, photo ou web.

Disposant évidemment d’une connexion Wifi, ce robot peut également être utilisé pour jouer à des jeux vidéo, établir des communications téléphoniques ou visiophoniques et afficher à la demande une multitude d’informations pratiques en fonction des besoins des utilisateurs. Cette machine polyvalente intègre évidemment un système informatique complet comprenant un projecteur, une caméra prenant des images sur 360 degrés, 6 hauts parleurs ainsi qu’une station de rechargement.
Mais Keecker ne fait pas que distraire et informer les membres du foyer. Il est également capable de surveiller efficacement votre habitation en analysant les différents paramètres domestiques (niveau d’éclairage, humidité, température, niveau sonore, taux de CO2…). Ce nouveau type de robot hybride vient donc directement concurrencer les différents types de systèmes d’alarme traditionnels sur un marché de la sécurité et de la protection en plein essor.

En revanche, malgré ses nombreux talents, Keecker ne fait pas encore le ménage mais qu’à cela ne tienne : un autre constructeur, Moneual, vient de présenter son nouveau robot aspirateur Rydis H68 Pro, une étonnante machine de ménage hybride qui, non seulement passe l'aspirateur mais peut également nettoyer vos sols avec une serpillère, sèche ou humide. Pour être encore plus efficace, cet étonnant auxiliaire domestique est même muni d'une caméra et d'un logiciel qui lui permet d'établir une cartographie de votre appartement. Il ne reste plus qu’à espérer qu’il n’essaiera pas d’aspirer ou de nettoyer votre chat…

Là encore, l’arrivée de ces auxiliaires ménagers polyvalents, dont le prix baisse très rapidement, est en train de bouleverser le secteur de l’électroménager. Mais ce type de machine de plus en plus performante risque également d’avoir à court et moyen terme un impact important sur l’emploi car on peut se demander qui voudra bientôt avoir encore recours à un employé de maison, dont il faut payer non seulement le salaire mais encore les charges sociales, quand il sera possible, pour quelques centaines d’euros d’acquérir un robot multifonction qui fera parfaitement le ménage !

Dans le secteur industriel, les robots sont présents depuis de nombreuses années et pendant très longtemps il s’agissait majoritairement d’automates programmables, des machines statiques destinées à accomplir une tâche précise et peu capables d’évolution. Mais cette époque est révolue, comme le montre par exemple le projet novateur en cours chez Airbus. Confronté à une rude concurrence et à la nécessité d’améliorer sa productivité, l’avionneur souhaite faire évoluer son outil industriel et réduire de moitié la durée de ses cycles de production, un objectif ambitieux qui ne peut être atteint qu’en combinant l’ensemble des technologies numériques et des nouvelles ressources de la robotique.
Airbus a tout naturellement baptisé son projet Asimov, du nom du célèbre auteur russo-américain de science-fiction Isaac Asimov. Ce génial visionnaire imagina, dès le début des années 50, l’avènement de robots humanoïdes intelligents et collaborant avec les êtres humains dans de multiples domaines. Ce projet Asimov est actuellement développé au sein de l'Institut de recherche  Jules-Verne de Nantes auquel l'avionneur a délégué le projet. Il prévoit la mise au point, d’ici 2016, d’une nouvelle génération de robots industriels, mobiles et évolutifs, capables de travailler « en bonne intelligence » avec leurs collègues humains…

Le nouveau type de robot que prépare Airbus est en fait un « cobot », un robot collaboratif conçu pour l'aide à l'assemblage d'éléments d'aérostructures sur les appareils A 350 et A 380. Contrairement à la plupart des robots industriels actuellement en service, le «cobot» Asimov est prévu pour évoluer et travailler au milieu des êtres humains et en étroite coopération avec eux. Bien entendu ces « cobots » pourront effectuer simultanément ou successivement plusieurs tâches différentes mais surtout ils pourront à terme être commandés de manière intuitive par la voix, le geste ou le regard.
Dans l’éducation, les robots sont également en train de faire une entrée remarquée. Le 21 janvier dernier, la terminale SSI (Sciences de l’ingénieur) du lycée la Martinière-Monplaisir, à Lyon, a accueilli un nouvel élève d’un genre un peu particulier puisqu’il s’agit d’un robot destiné à permettre à un élève absent, pour cause de maladie par exemple, d’assister aux cours et d’interagir avec les enseignants et ses camarades via cette téléprésence robotique !

La partie logicielle de ce robot, conçu par le fabricant américain Anybots, a été développé conjointement par l’Institut français de l’éducation, l’Université Lyon-I, le Learning Lab de l’école centrale de Lyon et l’EM Lyon business School. A partir de la rentrée prochaine, trois exemplaires de ce robot seront testés pendant deux ans dans trois lycées pilotes de Rhône-Alpes, à Lyon (Rhône), Saint-Etienne (Loire) et Bourg-en-Bresse (Ain).

Mobile grâce à ses roues, ce robot-élève peut se déplacer à l’intérieur de l’établissement scolaire et bien entendu communiquer avec l’élève, via un réseau Wifi dédié ou une connexion 4G. Ce type de robot n’est d’ailleurs pas réservé au milieu scolaire et il est déjà employé dans certains hôpitaux où il permet au chirurgien ou au chef de service d’interagir à distance avec les patients et le personnel soignant.

Dans le domaine militaire, que j’avais déjà évoqué dans mon éditorial du 22 mars 2013 (voir RT Flash), les robots sont également en train de s’imposer. Il y a quelques jours, l’armée américaine a en effet annoncé qu’elle allait réduire ses effectifs globaux de 22 % d’ici 2020. Ceux-ci passeront donc de 540 000 à 420 000 hommes. Cette réduction n’a pas seulement des raisons financières ; elle répond également à une volonté de construire une défense plus efficace, plus souple et plus opérationnelle, capable de réagir très rapidement à de nouveaux types de menaces diffuses et changeantes, bien éloignées des conflits clairement identifiés que nous avons connus pendant des millénaires.

Dans ce nouveau cadre stratégique et tactique, l’armée américaine mise sur le recours à de nouvelles générations de robots, en cours de développement, capables d’évoluer sur tous les types de terrain de manière autonome et de démultiplier la capacité d’observation et d’action des soldats en mission. Il s’agit également d’exposer le moins possible la vie des soldats car les opinions publiques supportent de moins en moins l’idée de pertes humaines élevées, même dans le cadre d’un conflit militaire. Dans un premier temps, ces robots seront essentiellement utilisés dans la logistique, le ravitaillement, l’observation ou le recueil d’informations.

Mais les états-majors de tous les grands pays développés reconnaissent à demi-mot qu’à terme, c’est-à-dire d’ici une dizaine d’années, cette logique commencera à s’inverser : on assistera alors à l’émergence de configurations militaires composées d’un nombre restreint de soldats très protégés qui disposeront non seulement d’une multitude d’androïdes terrestres et volants d’assistance et observation mais qui commanderont également de redoutables robots de combat qui monteront en première ligne pour éviter d’exposer directement la vie des combattants…

Mais en attendant que se réalise ce scénario digne de « Terminator », le célèbre MIT de Boston travaille déjà sur un projet ambitieux visant à rendre la robotique accessible au plus grand nombre. En permettant à chacun de concevoir et de programmer son robot personnalisé en quelques heures ! Étalé sur cinq ans, ce projet baptisé « An Expedition in Computing for Compiling Printable Programmable Machines » (Voyage dans l’informatique pour l’assemblage de robot imprimés programmables - Voir CSAIL) est développé conjointement dans le laboratoire d’informatique et d’intelligence artificielle (CSAIL) du MIT, l’Université de Pennsylvanie et l’Université Harvard.

Ces chercheurs partent du constat suivant : actuellement, le développement et la fabrication d’un robot constituent un processus long et coûteux qui peut prendre plusieurs années, ce qui freine sensiblement la diffusion de la robotique à l’ensemble des champs d’activité humaine. Pour faire sauter ce verrou technologique et industriel, ces scientifiques veulent combiner les avancées récentes en matière d’impression 3D, les outils numériques et l’intelligence artificielle. L’idée est de créer une plate-forme de développement qui permette à n’importe qui de concevoir et de fabriquer son robot personnalisé, à partir d’une bibliothèque de modèles et d’imprimer ensuite ce robot en quelques jours !

Cette accélération de l’arrivée des robots dans tous les domaines n’a pas échappé à tous les géants de l’informatique et du numérique et notamment à Google. Après avoir acheté, fin 2013, Boston Dynamics, qui conçoit des robots très évolués et capables de se déplacer sur tous les types de terrain, le géant numérique vient d’annoncer qu’il a racheté Deepmind, entreprise britannique spécialisée dans l'intelligence artificielle. La stratégie de Google est simple : en combinant les compétences de Boston Dynamics et de Deepmind, la firme tentaculaire vise la mise au point d’un robot humanoïde intelligent, qui pourra se déplacer, raisonner et  réagir comme un être humain…

Cette irrésistible montée en puissance des robots dans tous les secteurs d’activité va évidemment avoir des conséquences économiques, sociales et humaines considérables. A cet égard, il faut lire le rapport éclairant publié en septembre 2013 par Carl Benedikt Frey et Michael Osborne, deux Professeurs de la célèbre Université d’Oxford (Voir Etude).

Dans cette étude de 73 pages, ces deux chercheurs ont étudié l’impact qu’auront les nouvelles technologies sur l’emploi. Ils ont estimé, en intégrant différents critères, comme le salaire et le niveau de formation, la probabilité d’automatisation pour 702 professions différentes sur le marché du travail américain. Le résultat est saisissant puisque, selon ces chercheurs, l’automatisation matérielle et informatique, combinée à la robotique intelligente, va toucher 47 % de l’ensemble des emplois américains d’ici 20 ans !

Pendant ce temps, le marché mondial de la robotique, estimé à environ 25 milliards d’euros en 2013, dont 85 % correspondent à la robotique industrielle et 15 % à la robotique de services, devrait connaître un formidable essor et atteindre au moins 100 milliards d’euros en 2020.

Cette évolution pose évidemment une question fondamentale : la généralisation des robots entraînera-t-elle finalement une destruction nette d’emplois ou provoquera-t-elle au contraire la création de nouveaux emplois qui viendront avantageusement se substituer aux anciens ? Ce débat est loin d’être tranché et fait l’objet de vifs affrontements entre économistes, notamment outre-Atlantique. Certains chercheurs, comme Erik Brynjolfsson et Andrew McAfee du MIT sont persuadés que cette montée en puissance de l’automatisation et  de la robotique vont entraîner, in fine, une destruction massive d’emplois, une évolution déjà perceptible selon eux, si on observe la progression du nombre de sans-emploi, qui a dépassé les 200 millions dans le monde en 2013, ou la destruction nette d’emplois aux États-Unis : plus de 7 millions d’emplois perdus en cinq ans !

Cet avis n’est pas partagé par tout le monde et d’autres économistes, comme Henrick Christensen, titulaire de la chaire robotique à l’Institut de technologie de Géorgie, est pour sa part persuadé que l’automatisation et la robotique, en améliorant la productivité et la compétitivité, permettront de créer finalement plus d’emplois qu’elles n’en auront détruits et de réindustrialiser nos vieilles économies sur de nouvelles bases technologiques. Ce chercheur prévoit en outre que ces nouveaux emplois seront plus créatifs, plus qualifiés et mieux payés que les anciens emplois industriels.

Quoi qu’il en soit, on voit bien que l’arrivée bien plus massive et rapide que prévu de ces robots polyvalents et autonomes dans tous les secteurs d’activité de notre société, va entraîner des bouleversements majeurs et imprévisibles sur le plan économique, social et culturel. Même si ces robots sont appelés à nous rendre de grands services en matière de santé, d’éducation ou encore de sécurité, il ne faut pas sous-estimer l’importance des représentations symboliques et de la part d’irrationnel et de sentiment d’altérité qui habitent chaque être humain.

Il n’est donc pas du tout impossible, comme l’avait d’ailleurs envisagé Asimov, que ces robots humanoïdes qui seront capables de comportements et de réactions proches de ceux des humains, puissent être victimes d’une nouvelle forme d’ostracisme et puissent susciter, selon l’évolution de la situation économique, un rejet violent…

Face à cette révolution économique, technologique, sociale et culturelle que représente l’arrivée massive et inéluctable des robots dans nos vies quotidiennes, nous ne devons pas céder aux illusions d’une technophilie naïve et béate et veiller, par une réflexion collective dans les champs philosophique, éthique et politique, à ce que cette coexistence inévitable entre l’homme et les robots soit porteuse d’une véritable finalité collective.

Dans cette perspective, il nous appartient de construire ensemble un projet politique et social qui utilise cet extraordinaire saut technologique pour augmenter la capacité de créativité et d’épanouissement individuel et produire une société non seulement plus prospère mais également plus juste et plus humaine.

René TRÉGOUËT
Sénateur Honoraire
Fondateur du Groupe de Prospective du Sénat

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Le développeur : un créateur de valeur sous-valorisé

Tribune : Pour Soria Boucebaine, responsable RH d’Ysance, la formation des ingénieurs en développement doit évoluer en France en intégrant un volet plus pratique. Les entreprises doivent elles repenser la place du développeur et revaloriser ce métier, créateur de valeur à l’ère numérique.

Ingénieur développeur : une double compétence génératrice de success story

Le métier d’ingénieur informatique qui vise à rationaliser les organisations et à formaliser leur complexité est l’un des profils les plus recherchés aujourd’hui. Les diplômés des grandes écoles françaises, dont la réputation n’est plus à démontrer hors de nos frontières, sont, ainsi, particulièrement courtisés…

Mais c’est sans compter la révolution digitale amorcée qui bouleverse les projets informatiques et va obliger le métier à évoluer. L’ingénieur informatique de demain, s’il veut être source d’innovation et de richesse, ne devra plus se contenter d’être un optimisateur ou un modélisateur, il devra aussi être un créateur…

Selon les différentes prévisions, les recrutements dans le secteur dit « technologique » devraient atteindre 200.000 postes en France, d’ici à 2020 (dont 80.000 dans l’informatique), offrant la part belle aux jeunes diplômés et, notamment, aux ingénieurs français dont la bonne réputation dépasse largement nos frontières.

Les géants américains tels que Google, Twitter ou Facebook sont d’ailleurs de gros recruteurs d’ingénieurs français tout comme la Chine qui plébiscite particulièrement « l’excellence française ». En cause, une sélection très poussée à l’entrée, un socle méthodologique en ingénierie passé au crible, une solide culture scientifique et le gage d’une qualité d’apprentissage unique fourni par la CTI (Commission des Titres d’Ingénieurs).

Malgré ces nombreuses grandes qualités, l’enseignement de la majorité des écoles d’ingénieurs françaises reste, encore aujourd’hui, trop axé sur la pédagogie et sur la recherche, et manque d’un volet plus pratique pour coller aux nouveaux besoins des entreprises qui entreprennent le virage du numérique. C’est d’ailleurs pour cette raison que l’on voit apparaître des écoles « nouvelle génération », comme l’école 42 ou l’EMI, qui cassent cette norme d’enseignement construite sur un schéma pyramidal, pour la déplacer vers la technique et le développement, sources d’innovation et de richesse.

Les entreprises françaises ne prédestinent pas plus ces grands diplômés au poste de développeur
Pourtant, s’il y a bien un domaine dans lequel nos jeunes ingénieurs diplômés peuvent se distinguer c’est dans bien dans celui de la programmation et du développement. Car ces touche-à-tout, a priori formés pour devenir des conducteurs de grands projets et en appréhender les problématiques complexes, ont également toutes les cartes en main pour être les créateurs d’innovations numériques de demain.

Facebook aurait-il ainsi vu le jour si Marc Zuckerberg n’avait pas mis ses talents d’ingénieur au service du code ? Idem pour Twitter avec Jack Dorsey ou Microsoft avec Bill Gates ?  D’autres sociétés américaines ont, depuis, suivi ces exemples sans équivoque pour valoriser et démystifier le métier de développeur.

Il est bien dommage que les mentalités n’évoluent pas aussi vite dans l’Hexagone et que les entreprises françaises ne prédestinent pas plus ces grands diplômés au poste de développeur avec toute la valorisation que doit avoir ce métier, plus que jamais créateur de valeur à l’heure du « tout digital ». En France, le prédéterminisme du diplôme l’emporte sur le parcours professionnel. Etre un développeur et un polytechnicien est souvent antinomique.

Or, la valeur est, aujourd’hui, dans le code, car avoir de bonnes idées sans personne pour les formaliser ne sert à rien. Le développeur est, par exemple, l’élément clé dans la construction d’une plateforme digitale, si stratégique pour l’entreprise.

Il faut donc que cette excellence à la française sache se déplacer de la recherche fondamentale vers l’application concrète de cette intelligence dans le développement. L’entreprise Criteo est, d’ailleurs, un parfait modèle français de réussite. Ses fondateurs, tous ingénieurs, ont pris le pari de descendre dans « les couches basses » de la programmation pour matérialiser leurs idées et en faire un succès à l’international. Il en est de même pour l’éditeur open source français Talend.

Ces modèles doivent devenir des références pour faire avancer les mœurs et pousser les entreprises françaises à valoriser le métier de développeur. Car l’équation est simple : plus il y aura de têtes pensantes au poste de développement, plus on tirera vers le haut la qualité des projets informatiques français qui feront non seulement bouger l’économie du pays, mais seront aussi en mesure de s’imposer sur les marchés internationaux. C’est là tout le bien qu’on peut souhaiter au numérique « made in France ».

Soria Boucebaine est responsable des ressources humaines pour Ysance. 
http://www.zdnet.fr/actualites/le-developpeur-un-createur-de-valeur-mais-sous-valorise-39797426.htm

lundi 3 février 2014

"Nous sommes au bout du modèle fordiste, il faut passer à un modèle contributif"


Bernard Stiegler 2011
Bernard Stiegler est philosophe, théoricien de l’évolution des systèmes techniques. Il a découvert les modèles du libre de façon presque accidentelle, en tant que Directeur de l’INA.
Initiateur et président du groupe de réflexion philosophique Ars industrialis créé en 2005, il dirige également depuis avril 2006 l’Institut de recherche et d’innovation (IRI) qu’il a créé au sein du centre Georges-Pompidou.

Les modèles ouverts, contributifs et collaboratifs sont de plus en plus nombreux, la contribution s’étend à de nouveaux territoires, comment interprétez-vous cette évolution ?

Avant de répondre, il y a un préalable, reconnaître que tous les modèles ne sont pas équivalents. Facebook, c’est contributif, mais par certains aspects, c’est un modèle pire que son équivalent non contributif, je préfère presque TF1. Ces mécanismes de captation et de dénaturation des données conduisent à une forte dépersonnalisation, ce phénomène va s’aggraver avec les big data. C’est à la fois passionnant, parce que les données nous ouvrent de nouvelles possibilités, et très dangereux.
C’est pour cela que je parle de pharmakon. Dans toute technologie ou système, il y a simultanément deux tendances opposées, l’une est bonne, positive, émancipatrice et l’autre négative, prédatrice. Nous avons besoin d’analyser la toxicité de ces phénomènes, car meilleur c’est, plus c’est également toxique. Un pharmakon nécessite toujours une thérapeutique : il faut en faire un organe de soin qui comme tout médicament et faute d’une telle thérapeutique peut tuer le malade. Il faut donc pouvoir faire cette analyse honnêtement et sincèrement comme un expert comptable le fait avec les comptes d’une société. Le problème est que nous n’avons pas le recul, la formation et le savoir faire pour pouvoir le faire sereinement à propos des modèles contributifs.
Aujourd’hui, nous avons besoin d’une typologie des modèles contributifs.
Je travaille beaucoup avec des communautés de Hackers : jusqu’à “la crise Snowden” ils ne voyaient pas véritablement le caractère pharmacologique du net. Depuis un an les choses ont changé, c’est une sorte de blues du net.

Quelle définition donner à l’économie contributive, comment la différencier du marché par exemple ?

L’économie contributive est fondée sur la recapacitation : elle augmente la capacité des gens plutôt qu’elle ne la diminue. Ce terme de recapacitation s’inspire de l’approche par les capabilités d’Amartya Sen (une capabilité est un savoir – une savoir vivre, un savoir faire ou un savoir formel – partagé avec d’autres et qui constitue une communauté de savoir, Sen ayant montré que le consumérisme diminue la capabilités).
Une économie contributive repose sur le développement des savoirs des individus, et le partage de ces savoirs est facilité par une propriété collective qui n’empêche pas sa circulation.
Je ne suis pas contre la notion de propriété, mais il ne faut pas que cette propriété empêche la valorisation collective des savoirs. Au contraire de la capacitation, la société consumériste repose sur la prolétarisation – même la conception est aujourd’hui prolétarisée.
L’économie contributive est une économie fondée sur la parité, le pair à pair. Dans cette économie, on dit souvent les initiatives émergentes ou bottom-up. Mais le bottom-up n’existe pas tout seul, il y a toujours quelque part un top-down, c’est-à-dire une organisation qui unit et valorise les dynamiques bottom up. Quand on croit qu’il y a seulement du bottom-up, c’est qu’il y a un top-down caché qui régit l’émergence. Le véritable pair, c’est celui qui est capable d’expliquer le top-down du bottom-up.

Pourquoi est-ce plus important aujourd’hui qu’il y a 20 ans ou dans 20 ans ?

On entre dans un nouveau stade de l’automatisation, de nature différente du précédent. C’est la poursuite de ce qui a commencé il y a 200 ans, mais l’automatisation change de régime. Dans beaucoup de secteurs, la main d’œuvre n’est plus nécessaire, ou sera superflue à très court terme. Amazon a annoncé récemment travailler dans cette direction, l’élimination de tous les emplois et leur remplacement par des machines.
Actuellement, les éléments sont réunis pour que l’automatisation passe à un nouveau stade, seuls les coûts des robots limitent sa progression. On peut penser que lorsque des acteurs comme Amazon annoncent s’y attaquer, l’écosystème industriel va se mobiliser pour produire les économies d’échelles qui rendront les robots moins coûteux que les hommes. Quand cela arrivera, le modèle fordiste sera mort. Car sans emplois, pas de pouvoir d’achat et il n’y aura plus personne pour consommer ce que les robots auront produits. On sera dans une crise majeure, violente et systémique. Si on ne change pas les règles maintenant, on aura de grandes difficultés à y faire face.

On constate que ces modèles se développent, qu’il y a profusion d’initiatives et on a souvent l’impression qu’ils peinent à se pérenniser ou se développer, quelles en sont les raisons ?

C’est vrai que la précarité des modèles contributifs et le fort taux d’échec de ces initiatives pose question.
Il y  une explication, elle tient à l’écosystème, la macro économie. Au niveau micro (les individus et les organisations) les initiatives émergent et se propagent. On constate que sans une politique macro, elles ne peuvent prospérer. Quand je parle de macro économie, je fais référence au droit du travail, à la fiscalité, aux minima sociaux, aux infrastructures territoriales. Tous ces éléments ne sont pas favorables à une économie contributive. Tant qu’on ne les fera pas évoluer, il n’y a aucune chance qu’elle se développe. Ou alors, c’est un certain type de modèle contributif qui l’emportera, celui de Facebook.
C’est tout le projet économique et politique contemporain qu’il faut revoir. Les débats sur le revenu minimum d’existence sont intéressants à ce titre. Je préfère parler de revenu contributif. Pour moi, le revenu contributif doit reposer sur un revenu minimum d’existence mais il ne doit pas s’arrêter à cela. Le revenu contributif devrait être conçu de façon à favoriser l’engagement des individus dans des projets contributifs. Il faut encourager les contributions en vue de créer des entreprises que j’appelle sociales, elles peuvent devenir des entreprises monétarisées mais pas forcément.

Au-delà des systèmes et de la macro-économie, quelles sont les leviers à disposition pour développer les logiques contributives ?

Il faut développer une culture et une éducation contributives, faire que les individus s’engagent d’une façon ou d’une autre dans des projets contributifs, comme ils sont de plus en plus nombreux à le faire. En développant cette culture, on favorisera la capacité des individus à déceler la part de toxicité de ce pharmakon qu’est l’économie contributive.
Sur un autre plan, les designers ont un rôle majeur à jouer. Ils sont appelés à devenir les concepteurs et les accompagnateurs de ces systèmes contributifs. Un fablab ne fonctionne pas seulement grâce à un lieu et des machines, il fonctionne parce qu’il y a une architecture sociale de contribution, c’est un travail de designer.
La recherche permettra aussi de progresser, si elle devient plus contributive. Le rythme s’est tellement accéléré, le niveau de complexité s’est tellement accentué qu’il faut qu’on coopère pour mieux le comprendre et l’analyser. Ouvrir la recherche à d’autres que ceux qui la produisent aujourd’hui permettra de rattraper notre retard sur les événements, d’être plus en prise avec ce qui se passe.

Vous parlez souvent d’économie libidinale quand vous parlez du contributif, que vient faire Freud dans les modèles contributifs ?

J’ai une vision freudienne de l’économie. La Libido c’est le lien social, c’est la capacité à détourner ses pulsions vers ce que Freud décrit comme un investissement social du désir. La pulsion fonctionne positivement quand on parvient à différer sa satisfaction. Différer la réaction, c’est faire de l’action. L’économie libidinale, c’est l’idéalisation (au sens de Freud) et la sublimation des pulsions. On peut dire que le logiciel libre se nourrit de cette sublimation, dit autrement de ce dépassement.
Image d’illustration : RSLN

Pour en savoir plus

Bernard Stiegler sera présent à OuiShareFest 14 en mai prochain, en attendant, vous pouvez regarder la vidéo de son intervention lors de OuiShare Fest 13

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Bernard Stiegler

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Bernard Stiegler est philosophe, théoricien de l’évolution des systèmes techniques. Il a découvert les modèles du libre de façon presque accidentelle, en tant que Directeur de l’INA. Initiateur et président du groupe de réflexion philosophique Ars industrialis créé en 2005, il dirige également depuis avril 2006 l'Institut de recherche et d'innovation (IRI) qu'il a créé au sein du centre Georges-Pompidou.
Louis-David Benyayer

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Entrepreneur / consultant / chercheur / enseignant, Louis-David Benyayer est passionné par l'innovation, la stratégie, les modèles économiques et l'entrepreneuriat.
Karine Durand-Garçon

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Open Minded, curious & innovative Senior IT Manager.

5 thoughts on “Nous sommes au bout du modèle fordiste, il faut passer à un modèle contributif

  1. Pingback: [Interview] Bernard Stiegler: Nous sommes au bout du modèle fordiste, il faut passer à un modèle contributif | Nos métamorphoses
  2. Peretz
    Autant je suis d’accord sur le modèle collaboratif, autant il est indispensable de revenir au modèle fordiste dans notre système néolibéral. Soit la stratégie de la demande comme préalable indispensable. Il semblerait que l’Amerique y revienne en se prenant à augmenter les salaires minimum. Il n’y a pas d’autre moyen dans la logique monétariste.
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