lundi 18 novembre 2013

Sauver librairies et bibliotheques


On parle beaucoup de sauver les librairies, plus rarement de sauver les bibliothèques. Et pourtant , elles ne sont pas moins menacées dans leur existence. Les unes font de la vente, les autres du prêt, mais, fondamentalement, elles font le même métier. Chacune dans leur coin. Leur avenir ne devrait-il pas s’inventer en commun ? Car il est sombre : les librairies sont à peine rentables, les bibliothèques pèsent sur les budgets des collectivités locales. En Angleterre, elles ferment par centaines. Mais surtout, toutes deux sont menacées par le déclin de la lecture et la progression du livre numérique.
J’ai vécu de l’intérieur la fin de Kodak. Le livre papier ne sera peut-être pas balayé par le numérique aussi vite que l’a été la photo argentique. Cela laisse un peu de temps pour élaborer des stratégies à la mesure des bouleversements en cours…Mais il faut être ambitieux et ne pas faire d’erreur. Kodak se meurt, alors que Fuji s’en sort bien. Un seul a misé sur la bonne stratégie…
Bibliothèques et librairies font toutes deux un métier de distributeurs de livres, leur cœur de métier. Et quand le cœur commence à être grignoté, il est urgent de réagir. Se convertir au numérique, il n’en est pas question : le numérique et l’internet sont de nouveaux métiers, qu’elles ne sont ni les unes ni les autres en mesure d’affronter. Et surtout, dans un univers numérique, leur principal atout, la proximité, ne compte plus : le numérique arrive directement chez l’utilisateur.
Ne pouvant se battre sur ce nouveau front, ont-elles d’autre solution que de se regrouper pour sauver leur métier et être là le plus longtemps possible pour servir les inconditionnels du livre imprimé ? En se regroupant, elles seront plus efficaces, avec une clientèle élargie et un volume d’affaires plus important. Pourquoi une même « boutique » ne pourrait-elle pas proposer aussi bien de la vente, neuf ou occasion, que de la location - ou du prêt subventionné ? En jouant à fond l’atout de la proximité et de la complémentarité de l’offre.
 Par ailleurs, j’observe qu’autour de leur cœur de métier, bibliothèques et librairies font toutes deux un travail essentiel d’animation culturelle et de développement de la lecture. Mais, faute de moyens ou de compétences, elles le font  insuffisamment et souvent mal. Il faut le repenser et le développer pour conquérir de nouveaux lecteurs.
 On l’aura compris, face au défi numérique, il faut revoir la segmentation des offres. Aujourd’hui, la vente revient aux librairies, le prêt aux bibliothèques et la promotion de la lecture un peu - trop peu - aux deux. Demain, un pôle assurerait la distribution des livres, l’autre la promotion du livre et de la lecture.
 Cette perspective est bien sûr plus enthousiasmante pour les librairies, qui verraient leur activité augmenter, que pour les bibliothèques qui perdraient leur cœur de métier. Mais si on regarde ça sous un autre angle, on voit que cela permettrait de faire évoluer les bibliothèques vers des tâches plus nobles que l’« épicerie » et les pousserait à inventer ce « troisième lieu » que certains ont déjà imaginé.  Un lieu de convivialité et de culture en lien étroit avec les librairies.
Le changement, en l’occurrence, ne peut venir que des opérateurs des bibliothèques, c'est-à-dire des municipalités. Ce sont elles qui ont le pouvoir de redéployer les budgets qu’elles leur consacrent aujourd’hui. Ces budgets sont importants. Ils représentent quelques dizaines d’euros par habitant. Plus d’une centaine d’euros par lecteur. N’ayant plus à opérer que le « troisième lieu » animé par une équipe resserrée, les mairies pourraient distribuer aux habitants des crédits lecture négociables dans les librairies de la ville adhérant au système. Celles-ci verraient leurs ressources commerciales accrues par cette subvention aux lecteurs, mais auraient à inventer de nouveaux modèles économiques pour reprendre dans de bonnes conditions les tâches aujourd’hui assurées par les bibliothèques.
Difficile ? Sans aucun doute, mais demain il sera trop tard !


Read more at http://www.atlantico.fr/decryptage/voit-on-que-survie-bibliotheques-est-aussi-menacee-que-celle-librairies-eric-lombard-587643.html#ElvPbWsLYxv6QjtH.99

On parle beaucoup de sauver les librairies, plus rarement de sauver les bibliothèques. Et pourtant , elles ne sont pas moins menacées dans leur existence. Les unes font de la vente, les autres du prêt, mais, fondamentalement, elles font le même métier. Chacune dans leur coin. Leur avenir ne devrait-il pas s’inventer en commun ? Car il est sombre : les librairies sont à peine rentables, les bibliothèques pèsent sur les budgets des collectivités locales. En Angleterre, elles ferment par centaines. Mais surtout, toutes deux sont menacées par le déclin de la lecture et la progression du livre numérique.
J’ai vécu de l’intérieur la fin de Kodak. Le livre papier ne sera peut-être pas balayé par le numérique aussi vite que l’a été la photo argentique. Cela laisse un peu de temps pour élaborer des stratégies à la mesure des bouleversements en cours…Mais il faut être ambitieux et ne pas faire d’erreur. Kodak se meurt, alors que Fuji s’en sort bien. Un seul a misé sur la bonne stratégie…
Bibliothèques et librairies font toutes deux un métier de distributeurs de livres, leur cœur de métier. Et quand le cœur commence à être grignoté, il est urgent de réagir. Se convertir au numérique, il n’en est pas question : le numérique et l’internet sont de nouveaux métiers, qu’elles ne sont ni les unes ni les autres en mesure d’affronter. Et surtout, dans un univers numérique, leur principal atout, la proximité, ne compte plus : le numérique arrive directement chez l’utilisateur.
Ne pouvant se battre sur ce nouveau front, ont-elles d’autre solution que de se regrouper pour sauver leur métier et être là le plus longtemps possible pour servir les inconditionnels du livre imprimé ? En se regroupant, elles seront plus efficaces, avec une clientèle élargie et un volume d’affaires plus important. Pourquoi une même « boutique » ne pourrait-elle pas proposer aussi bien de la vente, neuf ou occasion, que de la location - ou du prêt subventionné ? En jouant à fond l’atout de la proximité et de la complémentarité de l’offre.
 Par ailleurs, j’observe qu’autour de leur cœur de métier, bibliothèques et librairies font toutes deux un travail essentiel d’animation culturelle et de développement de la lecture. Mais, faute de moyens ou de compétences, elles le font  insuffisamment et souvent mal. Il faut le repenser et le développer pour conquérir de nouveaux lecteurs.
 On l’aura compris, face au défi numérique, il faut revoir la segmentation des offres. Aujourd’hui, la vente revient aux librairies, le prêt aux bibliothèques et la promotion de la lecture un peu - trop peu - aux deux. Demain, un pôle assurerait la distribution des livres, l’autre la promotion du livre et de la lecture.
 Cette perspective est bien sûr plus enthousiasmante pour les librairies, qui verraient leur activité augmenter, que pour les bibliothèques qui perdraient leur cœur de métier. Mais si on regarde ça sous un autre angle, on voit que cela permettrait de faire évoluer les bibliothèques vers des tâches plus nobles que l’« épicerie » et les pousserait à inventer ce « troisième lieu » que certains ont déjà imaginé.  Un lieu de convivialité et de culture en lien étroit avec les librairies.
Le changement, en l’occurrence, ne peut venir que des opérateurs des bibliothèques, c'est-à-dire des municipalités. Ce sont elles qui ont le pouvoir de redéployer les budgets qu’elles leur consacrent aujourd’hui. Ces budgets sont importants. Ils représentent quelques dizaines d’euros par habitant. Plus d’une centaine d’euros par lecteur. N’ayant plus à opérer que le « troisième lieu » animé par une équipe resserrée, les mairies pourraient distribuer aux habitants des crédits lecture négociables dans les librairies de la ville adhérant au système. Celles-ci verraient leurs ressources commerciales accrues par cette subvention aux lecteurs, mais auraient à inventer de nouveaux modèles économiques pour reprendre dans de bonnes conditions les tâches aujourd’hui assurées par les bibliothèques.
Difficile ? Sans aucun doute, mais demain il sera trop tard !

Eric Lombard

Eric Lombard est ancien cadre chez Kodak.

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