vendredi 19 avril 2013

Austérité : une erreur de calcul Excel ?


    Repris de  , association de doctorants et jeunes actifs 





Un calcul montrant que la croissance des pays est pénalisée lorsque leur ratio dette/PIB passe les 90%, apparaît avoir été causé à la fois par des choix méthodologiques discutables et par une erreur dans une formule de tableur cc/Princeton Press

Une large part du débat se focalise sur ce seuil à 90%, qui avait occupé beaucoup d’espace dans le débat public et constitué, à en croire bon nombre de commentateurs, une caution académique pour les politiques d’austérité. Ce n’est cependant pas ce qu’il faut retenir de cet épisode. Leur étude contient des éléments beaucoup plus intéressants sur le processus conduisant aux crises bancaires et sur la répression financière qui s’ensuit. L’épisode lui-même est instructif quant au fonctionnement du débat public et académique, et a le mérite d’attirer l’attention sur le risque lié à l’utilisation d’un tableur pour des calculs dont la fiabilité est importante.
Depuis la parution d’un papier de l’Institut Roosevelt [1], les réseaux sociaux et la blogosphère économique sont en ébullition : un résultat de Reinhart et Rogoff, que la croissance des pays est pénalisée lorsque leur ratio dette/PIB passe les 90%, apparaît avoir été causé à la fois par des choix méthodologiques discutables et par une erreur dans une formule de tableur [2].

Source : Hendon, Ash et Pollin (2013)

This Time is Different : Le rôle déterminant des bulles de crédit et l’analyse sur la répression financière 

Il n’y a sans doute pas lieu de négliger l’importance de This Time is Different sur la seule base de cette erreur. La détermination d’un seuil d’endettement à partir duquel la dette est un obstacle à la croissance n’est pas la principale contribution de cet ouvrage. C’est probablement sa partie la plus fragile et la moins intéressante. Le grand apport de Reinhart et Rogoff est leur analyse historique profonde des crises bancaires.

Celle-ci a permis de mettre en évidence le rôle déterminant des bulles de crédit, en particulier immobilières dans le déclenchement des crises. Surtout, et c’est ce qui a donné son titre à l’ouvrage, ils montrent très efficacement comment la constitution de ces bulles repose fondamentalement sur des anticipations biaisées, sur la croyance renouvelée que cette fois, c’est différent, et qu’une innovation donnée (Internet et la titrisation étant les deux derniers avatars) modifie en profondeur le fonctionnement de l’économie en augmentant très rapidement les perspectives de croissance.

Il faut également retenir de leur travail toute la partie sur la répression financière. Tout autant que les ratios dette/PIB, cette boîte à outils et son utilisation vont probablement conditionner le fonctionnement des économies européenne, américaine et japonaise pour les dix ans à venir. Il semble que ce versant de l’ouvrage n’a pas reçu l’attention qu’il mérite.

This Time is not Different : La fragilité du seuil à 90% était connue et documentée par les auteurs eux-mêmes

Par ailleurs, il ne faut sans doute pas exagérer la portée réelle de ce seuil à 90%. Il a certes servi de référence dans certains débats, mais tout autre seuil proche, calculé par une méthode similaire, aurait probablement tenu lieu de caution académique. On n’a pas attendu ces travaux pour fixer un seuil dette/PIB dans le traité de Maastricht (60% du PIB, pour mémoire).

La violence de la réaction des milieux académiques s’explique sans doute moins par l’effet de politiques utilisant ce seuil de 90% (ce qui n’est d’ailleurs pas clair : les analyses de soutenabilité de la dette semblent plus complexes) que par un sentiment de trahison. Le travail de Reinhart et Rogoff a été reçu comme une véritable contribution académique, où les auteurs avaient su mettre leurs opinions de côté pour exploiter un jeu de données très riche (et particulièrement difficile à construire). Apprendre que leur résultat est lié à des biais méthodologiques et à une erreur dans une formule est alors décevant, et d’autant plus décevant que leur réaction ne semble pas être à la hauteur.

Ceci étant, il faut aussi garder une certaine mesure dans les réactions. Le fait que ce seuil était calculé sur la base de relativement peu de points, et donc fragile, était un élément connu, et documenté par les auteurs eux-mêmes. Avant même la révélation des erreurs dans le calcul, il y avait amplement de quoi nuancer la portée de ce résultat, ce que ne s’est d’ailleurs pas privé de faire Paul Krugman, avec de bons arguments [3].

Excel, facteur de risque opérationnel

Un pont qu’il me semble important de souligner est la partie liée à l’erreur dans une formule. La faute est vénielle : dans une moyenne, un des chercheurs n’a pas tiré le cadre de sélection assez bas, et ainsi laissé de côté une partie des données. Oui, cela arrive à tout le monde. Non, cela ne devrait pas arriver, pas plus dans un travail académique que dans l’industrie ou la finance.

Le problème ici réside dans le choix de l’outil. Oui, un tableur est un outil fantastique pour faire des calculs de coin de table et avoir une idée sommaire de ce qu’il y a dans des données. Non, un tableur ne devrait pas être utilisé en production. Le vice fondamental du tableur est de rassembler dans une même interface les données, les formules et les résultats. On se retrouve ainsi facilement à éditer des données sans s’en rendre compte (un des no-no de la statistique : on ne change rien aux données sans le documenter), à remplacer une formule par une valeur, ou à éditer un résultat.

La dernière erreur est d’autant plus aisée à commettre que le plus souvent, les formules ne sont pas apparentes, masquées par leur résultat. Un copier-coller valeur, et une formule est remplacée par un résultat fixe. Une formule fautive peut rester cachée longtemps (c’est ce qui est arrivé à la Baleine de la Tamise [4]) ou, dans le cas de Reinhart et Rogoff, ne portée que sur une partie des résultats.

Toutefois, que celui qui n’a jamais commis ce type d’erreur leur jette la première pierre. C’est dire à quel point ces erreurs sont fréquentes, et pour la plupart passent inaperçues malgré des conséquences importantes. Omniprésent dans l’industrie et la finance, le tableur constitue probablement un des facteurs majeur de risque opérationnel – probablement plus significatif que les algorithmes de trading à haute fréquence.

 Notes:
[2] Thomas Herndon, Michael Ash et Robert Pollin, “Does High Public Debt Consistently Stifle Economic Growth? A Critique of Reinhart and Rogoff”, University of Massachussets Amherst,http://www.peri.umass.edu/236/hash/31e2ff374b6377b2ddec04deaa6388b1/publication/566/
[3] On en voudra pour exemple ce billet de Paul Krugman datant de 2012 : « Debt And Growth, Yet Again »,The Conscience of a Liberal, 27/07/2012, http://krugman.blogs.nytimes.com/2010/07/27/debt-and-growth-yet-again/

Références :
- C.M. Reinhart, K.S. Rogoff, This Time is Different: Eight Centuries of Financial Folly, Princeton University Press, 11 septembre 2009.
- Thomas Herndon, Michael Ash et Robert Pollin, “Does High Public Debt Consistently Stifle Economic Growth? A Critique of Reinhart and Rogoff”, University of Massachussets Amherst, 15 avril 2013
- “The 90% question”, The Economist, chronique “Free Exchange”, édition du 20 avril 2013,
- «Reinhart and Rogoff Respond to Criticism », The Institute for New Economic Thinking, 17 avril 2013, http://ineteconomics.org/blog/inet/reinhart-and-rogoff-respond-criticism.

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vendredi 12 avril 2013

Les MOOCs : l'enseignement collaboratif via Internet


#OpenEducation - 

Sommaire : E-Learning - Après avoir modifié la façon dont nous nous informons et communiquons, Internet devrait révolutionner notre façon d'apprendre et de nous former, et répondre plus particulièrement aux besoins de l'enseignement distant et de la formation continue. Focus.
E-Learning - En octobre dernier a été créé le premier MOOC français, terme qui désigne une plateforme gratuite d'enseignement collaboratif via internet. Très développée outré-Atlantique, à l'instar du MIT OpenCourseWare, cette nouvelle forme d’apprentissage à distance arrive sur le vieux continent et devrait révolutionner les méthodes d’apprentissage et de formation, et, à terme, modifier notre système d’éducation. Bienvenue dans l’enseignement 2.0.

Le MOOC, un enseignement issu du numérique, de la video et du social

L'enseignement à distance passe au numérique. Une nouvelle forme d'éducation rendue possible par la standardisation des équipements en self-média (caméras connectées ou intégrées aux ordinateurs), la généralisation d'interfaces intuitives issues des technologies web 2.0 et une maturité technologique de la part des utilisateurs.
> Origine. C'est en voyant des collègues mettre en ligne leur cours en 2008 que Dave Cormier, chercheur enseignant canadien, a inventé le terme de MOOC, acronyme de massive open online course,  terme désignant des cours en ligne ouverts et massifs.
> Principe. Proposer une formation ouverte (en accès libre et gratuite) et à distance en télé-enseignement. Les participants aux cours, enseignants et élèves, sont dispersés géographiquement et communiquent uniquement par Internet. Des ressources éducatives libres sont utilisées.
> Pédagogie. Le processus d'apprentissage proposé par le MOOC repose sur "l’élaboration de parcours organisés où alternent contenus, activités et temps d’(auto)évaluation", écrit Christine Vaufrey, co-créatrice du MOOC iTYPA (premier MOOC français créé, ndlr). Il vise un public large et diffère de l'espace"de dépôt de ressources d’apprentissage (principalement destiné aux) étudiants en cursus", qui caractérise la quasi-totalité de l'offre d'enseignement numérique actuellement proposé.
> Dispositif. A l'heure du web 2.0, de l'agilité et de la profusion des dispositifs interactifs en ligne, peu de moyens sont nécessaires. Pour le MOOC ITyPA :
  • un forum : permettant à chacun de chacun de commenter le dernier cours en ligne, proposer des suggestions pour le prochain cours prévu, faire part de ses progrès et freins techniques... bref, contribuer et échanger pour progresser ou aider un participant.
  • un cours hebdomadaire vidéo collaboratif en direct, avec Google Hangout, (le système de vidéoconférence inclus dans Google+), également retransmis en direct puis archivé sur la chaîne Youtube du MOOC ITyPA. Pendant le livestream, les internautes pouvaient intervenir en publiant leurs questions sur le forum du site, directement dans les commentaires de la page Youtube, ou enfin via Twitter avec le hashtag #itypa.
MOOC Itypa


Un enseignement disruptif, ouvert à tous

Par bien des aspects, le MOOC rappelle les universités populaires germaniques, ces espaces d’apprentissage et de formation ouverts à tous. Il n’y a plus de numerus clausus, de selection : c’est l’enseignement ouvert, à ceux qui souhaitent apprendre.
> Connaissance VS diplôme. Le but de cet enseignement est d'acquérir un savoir, et non un diplôme, même si la certification est envisagée à la fin de certains MOOCs.
> Communauté d'apprentissage VS lieu de savoir. L'enseignement à distance répond aux problématiques de salles de cours surchargées, mais aussi de cours inaccessibles pour des questions financières, de disponibilité physique, ou simplement de compétences. Chacun peut apprendre à sa vitesse, consulter le cours en ligne s’il n’a pu le suivre en direct, et accéder aux ressources partagées. Le MOOC permet à chacun de devenir acteur de son enseignement.
> Collaboration. Les formateurs du premier MOOC français se définissaient comme des animateurs (ou des maïeuticiens numériques, ndlr), accompagnant les participants dans une nouvelle forme d'enseignement collaboratif et connecté, une partie du socle pédagogique du cours étant produit ou apporté par les participants, constituant ainsi la preuve de leur engagement et la base d'un bon apprentissage.
> Motivation. L'encadrement plus souple amène chaque participant à devenir acteur de son enseignement. Le désir d'apprentissage prend le relais sur la sanction du diplôme.
> Dialectique. L'apprentissage collaboratif que permettent la vidéoconférence à plusieurs et les dispositifs interactifs n'est pas sans rappeler l'enseignement dialectique des philosophes grecs. Une forme d'engagement -écoute et implication des "apprenants"-, préalable à l'enseignement, qui a notamment été mise en avant par le modèle allostérique d'apprentissage développé par le LDES (Laboratoire de Didactique et d'Epistémologie des Sciences) de Genève, une référence dans l'analyse de l'apprentissage de la connaissance.

Que peut-on y apprendre ? 

Le projet du MOOC iTYPA -acronyme de "Internet : Tout Y est Pour Apprendre"- était de d'apprendre aux participants la maîtrise des outils sur Internet. Différentes plateformes techniques ont ainsi été présentées et prises en main, à l'instar de Twitter, ScoopIt, PearlTrees, Pinterest, les blogs ou encore l'utilisation des réseaux sociaux... Un deuxième MOOC, sur la gestion de projet, a été lancé en mars. Victime de son succès, avec 3600 inscrits, celui-ci a bloqué les nouvelles inscriptions, mais propose d'ores et déjà une future session. Enfin MOOC consacré au droit des entreprises proposé conjointement par l’Ecole de droit de la Sorbonne (Université Paris 1), le CAVEJ (Centre Audiovisuel d’Etudes Juridiques des Universités de Paris) et l’ESCP Europe, est également annoncé.
On le voit, les thèmes abordés s'inscrivent dans une problématique professionnelle proche des enjeux de la formation continue. Quels sont les enjeux pour les entreprises ? Est-ce la réponse au besoin de formation continue ? Les organismes de formation et d'accompagnement des salariés et chercheurs d'emploi vont-elles s'y mettre ? (J'imagine aisément l'efficacité et le gain financier qu'ils pourraient en retirer) Et, à terme, l'enseignement et la formation "classiques" vont-elles aussi passer au stade du 2.0 comme c'est le cas aux Etats-Unis ? Telles sont les questions que soulèvent les MOOCs, encore a l'état expérimental, mais qui répondent à un besoin et rencontrent une réelle audience.

Organisant des formations, suivant la question des MOOCs de longue date, et ayant participé au MOOC iTYPA, je peux attester de l'engouement des participants envers cette nouvelle forme d'enseignement.

Retrouvez-moi sur Twitter (@govekar)
Sujet: E-learning

A propos de 

Acteur du web français depuis 1996. Jean-Pierre Govekar a notamment participé au lancement du site20minutes.fr au sein duquel il a passé 5 années et a été responsable de la production de Elle.com. Il est titulaire d'un DESS du Centre Universitaire d'Enseignement du Journalisme de Strasbourg.

mercredi 10 avril 2013

Quotidien du numérique



Je reviens juste de l'Ile de la Réunion.

En préambule à ma réaction, voilà comment l'i-conomie est intervenue, entre autres,  dans mon voyage :

- l'allègement de mes bagages grâce au stockage électronique de plusieurs ouvrages dans une "liseuse" et le constat que tous les textes auront besoin d'être relu dans leur format papier classique 

- une erreur de saisie dans le système d'information de l'agence de voyage, du fait de l'addition de l'incompétence d'un Conseiller Client et d'un formulaire imprécis, entrainant, une fois arrivé à l'aéroport, le besoin une cascade de vérifications physiques au cours d'une coopération improvisée entre la compagnie, Roissy et la police des Douanes

Le "numérique" m'est apparu comme une source d'approximation et de désorganisation dans l'action, en même temps qu'il m'économisait des ressources de préparation. Dans un temps de préparation qui se réduit, l'usage du "numérique" demande un surcroit de rigueur et de compétence.

Les évolutions en cours et leurs traitements semblent simples. L'outillage des représentations et les désirs avec le marketing numérique amène les consommateurs comme une ressource gratuite dans le système de distribution, l'outillage des traitements administratifs des services publics permet de diminuer les effectifs et les budgets des Etats, etc.. MAIS ...

Est ce que la numérisation de l'espace public ou social suffit-elle ? Des vidéos ont filmé l'attaque d'un RER par une bande de jeunes et permettront peut-être de les localiser. Cependant, reste ce constat : le ministre en venu en personne, des policiers sont installés en faction. Des drones permettent de mener une guerre électronique. Mais le traitement de l'information reste tributaire des réseaux d'influence.

Aussi, les phénomènes sont plus complexes. Ils requièrent de nouvelles modalités de rigueur, de qualité, dans la gestion de l'information et dans les coopération. Les affects physiques et émotionnels sont des recours essentiels, j'ai pu le vérifier dans les deux exemples évoqués.

Dans cette complexité, les possibilités offertes soit seront non maîtrisables ("le volcan en éruption") soit pourront être gouvernées. Cette image du volcan me frappe d'autant plus que l'Ile de la réunion est structurée par deux volcans, l'un éteint, l'autre en activité.

Mon opinion est que la tendance actuelle des "gouvernants" public et privés est d'adopter une posture "volcanique" de destruction des formes classiques de l'entreprise et du service public. Du coup, il n'y aurait comme possibilité que de suivre les "coulées de lave" des innovations. Le "libéralisme" serait le nom donné à ce "laissez-aller".

A contrario, j'appellerai à la construction de nouvelles actions de rigueur/de qualité. Ces actions, au delà des normalisations, seront conditionnées par la capacité des acteurs à intervenir sur la normalisation. 

Par exemple, dans l'exemple de la saisie erronée d'une donnée par un Conseiller client, quelle capacité d'action m'est donnée pour demander la rectification du formulaire fautif ? De fait, l'agence de voyage a rembarré ma remarque de non-qualité.

C'est un exemple visible. Un autre exemple, actif et non visible, est le tracking de mon IP. A chaque consultation des données d'un vol, les tarifs augmentent..

Est-ce que la gouvernance de la rigueur/la qualité peut être seulement assurée par la multiplication des entreprises i-conomiques ? Est-ce que la transformation de l'entreprise classique en entreprise-réseau (réseau des partenaires, réseau des clients et usagés) suffit ? Est-ce que les inerties des mises en relation dans les réseaux sociaux suffisent ? 

La crise du système bancaire est instructive. L'informatique a facilité l'autonomie des circuits bancaires hors des Etats. Les efforts de ceux-ci pour réinstaurer un contrôle fiscal sont des cas d'école très instructifs.

Allemagne : Industrie 4.0




L'usine du futur du plan allemand "Industrie 4.0" s’esquisse au CeBIT

Par  - Publié le 


DFKI Vistra - Réalité Virtuelle 

Allier production classique et Internet, c’est la vision du grand projet stratégique allemand "Industrie 4.0". Produits pilotes et conférences permettent de faire le point à l’occasion du salon CeBIT.
C’est ce que les Allemands appellent la quatrième révolution industrielle. Lancé début 2012, le plan gouvernemental "Industrie 4.0" vise à rendre les usines intelligentes grâce à Internet, permettant par exemple de faire communiquer les chaînes de production et les objets entre eux ou de simuler des process, des flux logistiques ou encore des crashs tests de véhicules.
Si les premières applications ne sont pas attendues avant 2015, un tour dans les allées du CeBIT, le salon des technologies de l’information et de la bureautique qui se déroule du 5 au 9 mars à Hanovre (Allemagne) permet toutefois de se faire une première idée de ce que sera cette usine du futur.
TRANSFORMER LE FLOT MATÉRIEL EN FLOT D’INFORMATION
Le centre de recherche allemand sur l’intelligence artificielle (DFKI) présente de nombreuses innovations, où le virtuel vient supporter le réel. C’est le cas du projet européen Vistra (Virtual Simulation and Training of Assembly and Services Processes in digital Factories). Dans ce cadre, les chercheurs en réalité augmentée du DFKI ont développé un logiciel qui permet à l’ouvrier de s’entraîner virtuellement sur l’enchaînement de gestes techniques, avant de passer sur une chaîne de montage complexe par exemple.
Pour Jens Dolenek, consultant en communication et capteurs chez Siemens, les technologies RFID ou d’identification optique seront ont au cœur du programme Industrie 4.0. Pour Siemens, qui présente différentes puces et lecteurs, le flot matériel sera transformé en flot d’information, rendant le processus de décision beaucoup plus rapide et flexible.
LE PRODUIT COMMUNIQUE AVEC LES MACHINES QUI LE FABRIQUENT
Preuve en est avec l’usine miniature du DFKI : Un produit en cours de fabrication, en l’occurrence un badge en plastique, est équipé d’une puce RFID qui envoie directement des informations aux quatre machines de la chaîne de production qui le fabrique. C’est l’objet lui-même qui leur indique en quelle couleur le peindre, que graver dessus et en quelle langue écrire les instructions.
Une démonstration qui a fait sensation.
En Allemagne, Gwénaëlle Deboutte
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Mon commentaire en forme de supplément


Aujourd'hui, il faut envisager le passage de la notion de "système d'information" à la notion de "synchronisation des données". Cette exigence de synchronisation nait du fait qu'il y a la nécessité d'une formalisation fine des opérations de transformation productive. Dans le concept de "système", on considère que la production est une "boite noire", et la retro-action s'exerce à partir d'un indicateur.

Or le fait que le produit via une puce RFID commande aux machines oblige un travail de préparation en amont éliminant toute ambiguité. Je propose le terme de "synchronisation". C'est en sens me semble-t-il que l'on va vers un néo-taylorisme d'une combinaison "données/opération".

Dans texte qui vient, j'y esquisse le nouveau contenu de la DSI (Direction du Système d'Information / Informatique) en DRN (Direction des Ressources Numériques). 

Ou faut-il préférer  DS (Direction des Synchronisations) ?

****


Ma formation est l'électronique et ma spécialité était la régulation de système. C'est vrai que cela me demande un effort pour sortir du paradigme du "système" et passer au "numérique". Voici l'état actuel de ma réflexion.

Ce que j'entends personnellement dans le terme "numérique" est une qualité attribuée aux personnes physiques ou morales, aux documents, aux images, aux machines, aux objets, aux matières, etc.., - des substances - permettant de leur attribuer des codes et des informations, codes et informations qui peuvent être transmis dans des réseaux télécoms, stockés dans des bases, affichés sur des écrans, manipulés dans des opérations de tri ou de calcul. Ensuite, c'est considérer que les opérations faites sur ces codes et informations sont légitimes et décident des caractéristiques de ces substances. Par exemple, un client habitant Angoulême souhaite dans un document "Commande" une couleur de carrosserie "bleu prune CO35" pour une voiture ZD3, qui sera livré le 28 février 2013. Précédant le processus, sera produit un schéma de synchronisation des opérations tenant compte de quantité nécessaire de la couleur CO35 et de sa fourniture à la seconde pile à l'automate de peinture.

Dans cet exemple, on voit que l'expérience client "une voiture ZD3 de couleur bleu prune livrée au plus tard le 28 février à Angoulême" possède un équivalent symbolique synthétique construit avec une série de formalismes : le schéma de synchronisation des opérations. Ce schéma de synchronisation - dans un contexte de réseau de partenaires - est une ressource coûteuse. L'atteinte de l'inter-opérabilité sous-jacente des différents systèmes à combiner nécessitait et nécessite encore de plusieurs mois à plusieurs années. Cette inter-opérabilité suppose 1/ que la qualité "numérique" existe pour toutes les substances impliquées 2/ que  toutes les qualités numérique s'articulent les uns aux autres à 100% de cohérence.

Par exemple, EADS a perdu un an de retour sur le programme Airbus 380 parce que les codes des logiciels de câblage allemand et français n'étaient pas cohérents entre eux. Il manquait 50 cm de cable entre les connecteurs des parties de carlingue allemande et française ! Autre exemple, depuis 2 ans, l'URSSAF et le RSI n'arrivent pas à se coordonner sur la distinction entre l'adresse personnelle et l'adresse professionnelle d'un affilié !

Ce qui me semble être le coeur de la révolution technique actuelle est, une fois l'interopérabilité acquise, le faible coût de production et d'application des schémas de synchronisation correspondant aux expériences client. De plus, une fois qu'un schéma de synchronisation est implanté dans des machines, dans des chaînes de machines, dans des portes "chaîne/ réseau télécom", les coopérations humaines sont moins coûteuses à entretenir, car les implantations ont un caractère d'évidence difficile à contester ou à défaire.

Quelles conséquences pour la DSI, la "Direction du Système d'Information" ? Cette formule suggère que dans les différents systèmes de l'entreprise, un des systèmes porte sur l'information. Donc, la compétence du DSI serait d'apporter de la "systématicité" dans l'information, ou sous un autre angle, transformer des données éparses en information significative, grâce à leur traitement dans un système.

En fait, ce sont les métiers qui sont capables de transformer les données en information. C'est pourquoi, le plus souvent, les DSI ont été réduits à l'achat, la maintenance et gestion des systèmes informatiques et télécoms. Comme souvent en France, la réalité est dissimulée par le fantasme, ici le "Système apportée à l'information". Concrètement, l'articulation entre les métiers et la DSI s'est faite par le biais de la distinction Maîtrise d'ouvrage / Maîtrise d'oeuvre dans le cadre de projets. 

La "qualité numérique" (la qualité de la "donnée"* ) pose effectivement la question d'un nouveau rôle : qui est capable de produire le schéma de synchronisation des opérations ? Qui peut conduire le dialogue entre deux ou plusieurs métiers afin de mettre en cohérence leurs données numériques respectives par rapport à ce schéma ? 

Les compétences et les légitimités sont triples :
- une reconnaissance par les différents métiers de l'entreprise
- une maîtrise des inter-opérabilités entre techniques différentes
- une capacité à articuler les qualités numériques des différentes substances en cohérence avec le schéma de synchronisation 

Et tout ceci, non pas pour un projet, mais dans le long terme de l'entreprise ou de l'organisation. Quelles personnes ont un tel profil ?

A titre de suggestion je propose de traduire  "chief digital officer" par "directeur des ressources numériques"